White Tears / Brown Scars 

Ruby Hamad a écrit ce livre pour nous expliquer comment le féminisme mainstream met de côté les femmes de couleur. 

Dans un contexte professionnel, les femmes blanches utilisent parfois leurs larmes de manière stratégique. Cette technique consiste à pleurer lorsqu’une femme de couleur les contredit ou refuse qu’on lui manque de respect. Ruby Hamad rentre dans le vif du sujet en illustrant ses propos à l’aide de situations professionnels. 

Les femmes non blanches sont plus sévèrement traitées et elles sont réprimandées pour le même comportement qu'une femme blanche ou un homme. Ces derniers seront vus comme des faisant preuve de pertinence ou comme des challengers. De nombreux témoignages ont montré que les ressources humaines vont naturellement se mettre du côté des femmes blanches même si elles sont fautives. On accuse la minorité de créer un environnement de travail malsain ou d’être agressive parce qu’elle refuse par exemple qu’on lui touche les cheveux ou parce qu’elle exprime un simple désaccord.

Cette image de la demoiselle en détresse associée aux femmes blanches pourrit littéralement la vie des minorités comme en atteste les vidéos virales où des « Karen » fondent en larmes pour passer pour la victime. Les personnes racisées n’ont pas le droit de ressentir un spectre d’émotions complexes car elles sont toujours assignées à un rôle de colonisées ou de sauvages à civiliser ou sauver. La société occidentale refuse souvent de leur accorder le bénéfice du doute ou encore tout simplement de les humaniser.

Les féministes ont longtemps exclu les femmes non blanches de leurs luttes. Sous couvert de patriarcat et de suprématie blanche, ces femmes ont fait de leur lutte un moyen de maintenir ces institutions le temps d’amasser autant de droits que possible et en avant première. Les femmes blanches aiment se présenter comme des « sauveuses » des femmes non blanches car elles sont perçues comme des opprimées et des victimes… On le voit en France avec la difficulté avec laquelle les féministes refusent d’inclure les femmes voilées à leurs luttes. Elles en font activement des symboles d’oppression à libérer du joug des hommes. Ce type d’images nous rappelle que le féminisme a avant tout été créée pour flatter les femmes blanches et leur prétendue avance sur le monde en s'appropriant la féminité et en l'imposant aux autres femmes. Les féministes inter-sectionnelles sont vues comme des traitres qui n’acceptent la libération comme l’entend le féminisme blanc. C'est une trahison de questionner les intentions d'une femme blanche et de dévoiler aux yeux de tous la complicité entre personnes dominantes.

Dans le monde de l’entreprise, le monde tout court,  il fait bon aujourd’hui d’être une femme blanche. Les affirmative actions aux USA ont été un vrai tremplin pour les femmes blanches qui en ont bénéficié massivement et bien plus que tout le reste des minorités. C'est simple : celles et ceux qui n’applaudissent pas la nomination d’une femme blanche à un poste de direction sont sexistes et contre le progrès. Or, on s’aperçoit que nommer des femmes blanches à des postes de managers n’aident en rien l’ascension sociale des autres minorités. Les femmes blanches ne sont pas du genre à partager leur place au sein du « white men club ». Leur présence et leur travail n'aident pas à plus d'équite ou d'égalité.

Cela ne doit pas nous déprimer ou nous donner envie de baisser les bras mais au contraire de mieux comprendre ces mécanismes qui excluent pour mieux les contrer. Les femmes blanches sont un outils de maintien des discriminations à l’encontre des femmes racisées. Les femmes racisées  sont souvent utilisées comme un faire valoir ou un exemple de réussite. Récemment, dans le gouvernement, nous avons eu l’exemple d’Élisabeth Moreno ou encore d’autres secrétaires d’Etat. Or la réussite ne se fait pas sans obstacles. Ce n’est pas parce que certaines réussissent que tout le monde peut y arriver. Personne ne demande le prix de la réussite des femmes non blanche ? Cette croyance que la république promeut la méritocratie est un terrible mensonge et fait plus de mal que de bien. 

Ruby Hamad nous raconte combien de personnes se sont retrouvées dans un article qu’elle avait publié. Beaucoup l’ont remercié d’avoir mis des mots sur leurs expériences et la cause de leurs tourments. Certaines femmes de couleur pensaient souffrir d’un trouble qui les empêchait d’être heureuses. Or, en lisant ce livre, on comprend que réussir dans un système qui nous stigmatise, nous rabaisse et surtout qui n’est pas fait pour nous, est herculéen. Les femmes blanches n’ont jamais été autant puissantes et elle s’accroche à cette réalité en refusant de reconnaitre leur avantage injuste dans la société. Elles n’hésiteront pas à vous humilier si vous allez contre elles. Les femmes blanches exigent la solidarité de toutes les femmes sinon elle dégaineront leurs larmes pour vous faire culpabiliser et pour apparaître comme la demoiselle en détresse à secourir.

Les femmes blanches s’approprient toutes les vertus qu’elle nient aux autres comme :  la bonté, l’intelligence, la civilisation, l’innocence, la morale… Ces femmes se complaisent dans une ignorance choisie de l’oppression qu’elles font subir aux autres.

  • Comment peut ont se dire féministes et progressistes quand la société, les entreprises et les institutions traitent les minorités différemment ?
  • Pourquoi dit-on d’une personne qu’elle est passionnée et brillante alors que pour le même comportement une autre sera taxée d’agressive et manquant de savoir vivre ?
  • Comment peut-on stopper ces comportements dans l’entreprise ?
  • Combien de personnes ont interrompu leurs carrière car les micro-agressions étaient insupportables ?
  • Combien de personnes vivent une vie douloureuse car ils voient tous leurs collègues enchainer promotions après promotions alors qu’eux stagnent au même poste depuis tant d’années ?
  • Combien de personnes souffrent de dépression après avoir encaissé le racisme systémique de la société, des médias, des employeurs, des enseignants ou encore de leur propre entourage ?

Il faut avant tout libérer la parole. Si personne ose s'opposer fermement aux agressions racistes et qu’une collaboratrice éclate un jour ordinaire et bien c’est elle qui sera en faute. Quand bien même elle a été victime de micro-agressions ou encore ouvertement humiliée. Malheureusement, son silence passé sera retenu contre elle. L’impact de ces attaques a beaucoup plus d’impact sur notre santé que d’aller se plaindre aux services RH. Même si cela peut sembler être peine perdue ou que l’énergie vous manque, ne baissez pas les bras… Vous déployez une énergie monstre pour supporter la vie en entreprise et cela doit vous servir si vous voulez que justice vous soit rendue. On attend une loyauté aveugle de la part des personnes non-blanches. Ce profond sentiment d’injustice fait des ravages aussi bien physiques que psychologiques.

Les spectateurs et ceux/celles qui ne se sentent pas concernés, vous avez un rôle important à jouer. Si c'est naturel pour vous de venir en aide à une femme blanche qui se fait insulter ou agresser dans la rue, et bien défendre votre collègue qui se fait humilier et rabaisser de façon injuste et biaisée doit être tout aussi naturel. Certains s'étouffent et s'offusquent plus de voir des personnages de fiction joués par des femmes non blanches que par les micro-agressions et le racisme ordinaire que subissent ces femmes. Si nous voulons avancer ensemble et créer une société juste et tolérante, tout le monde doit mettre la main à la pâte, sans exception. La résistance fait partie du changement mais elle doit être challengée ainsi elle ne pourra pas être permanente.

 

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